Note : 4/5
Daniel Cohn-Bendit n'a rien perdu de son sens de la formule. "En mai publie ce qu'il te plaît" apostrophe-t-il dans sa préface à Mai 68, histoire d'un printemps l'album de d'Alexandre Franc et Arnaud Bureau, manière élégante de regretter les analyses, réflexions et autres essais qui s'annoncent à la veille du 40e anniversaire du célèbre mouvement. Faut-il tout jeter alors ? Non, répond l'ancien leader soixante-huitard et surtout pas cet album de bande dessinée qui réussit l'exploit de "réinventer une histoire ancienne grâce à des images comme ressurgies de nos lectures d'enfance" et fait de nous des "témoins d'une sorte de réincarnation dessinée qui a l'avantage de fonctionner avec la désinvolture nécessaire". Et Cohn-Bendit de conclure toujours aussi provoc : "Rêve camarade, le vieux monde est derrière toi, et la nouvelle culture devant toi. Ainsi soit-il".
Quitte à passer pour un consensuel mou, totalement anti-polémique - la honte, quoi ! -, on ne donnera pas tort à Cohn-Bendit tant ce Mai 68 nous a emballé. C'est la la fois sérieux, bien documenté, découpé en autant de chapitres que pourrait l'être un véritable livre d'histoire - le scénariste au demeurant est historien de formation - mais jamais pédago-chiant, ni donneur de leçon, ni même partisan. Il y a au contraire beaucoup de rythme, d'humour et de fantaisie dans ces récits de mai contés par un narrateur principal et une demi-douzaine d'anciens participants auxquels les années ont donné le recul nécessaire. Un ouvrage à conseiller à tous, à commencer par les plus jeunes qui s'offriront une petite révision à bon compte.