Note : 4/5
Un quinquagénaire qui coure après sa jeunesse, une exilée roumaine en quête de vengeance, un zonard qui n'entend pas laisser à d'autres sa part de société de consommation. A priori, la trame de cette Gueule du loup est aussi mince que la probabilité de ces trois là à se rencontrer. Mais voilà, il y a Tronchet en scénariste-démiurge comme on ne l'a jamais vu qui fait de la croisée de ces trois destins quelque chose de parfaitement naturel. Mieux de palpitant. Et de dérangeant.
Car Tronchet ne se contente pas de raconter une belle histoire dont on se sait jamais trop comment elle va rebondir ni où nous amener. Il prend également un malin plaisir à nous balloter entre comédie - la scéance de speed dating est un moment d'anthologie ! - et drame puisque la mort, l'exploitation, la marginalité n'est jamais loin.
La critique sociale est acerbe et parfaitement distillée tout au long des 120 pages qui compte le récit. Tronchet qui déclarait vouloir "s'obliger à aborder d'autres univers, registres, tons et personnages, s'amuser à bousculer ses propres limites et avant tout se surprendre soi-même, ce qui donne de bonnes chances de surprendre le lecteur" y réussit pleinement. La patte Futoropolis également sans doute...